C’est l’histoire d’une muerte et d’un homme qui nous apprit à voler avec ses mots.

La enciclopedia Blogger dice que un Blog es una forma de comunicación informal, y yo añadiría, por ser lector de muchos Blogs, que es un estupendo recipiente para vomitar. Así que vomitemos. (Gijón, Espagne, 4 septembre 2005, Luis Sepulveda en colère)

« L’encyclopédie Blogger dit que le Blog est une forme de communication informelle, et j’ajouterais, moi, grand lecteur de blogs, que c’est un récipient extraordinaire pour vomir. Alors, vomissons. » (traduction Amandine Py)

Vomir ? À l’annonce de la mort de Sepulveda, comme lui sur ses carnets de moleskine ou sur son blog, c’est la nausée et les mots virent.

Je reste d’abord bouche bée, mouette. C’est l’histoire d’une muerte et d’un homme qui nous apprit à voler avec ses mots.

« Au fil du temps, l’amour des mots m’est apparu comme un amour fidèle qui ne trahirait jamais. » (Une vie de passions formidables)

Je ne pense qu’au vide que laisse l’auteur. Est-ce que je pense aux mots que l’écrivain a trahis en ne les utilisant plus ? Non, son œuvre est riche et offre de quoi explorer, lire, relire.

Les mots ne meurent que s’ils ne sont pas lus, Luis. Et ça on y veillera. Chaque année, je choisis un auteur et j’en explore l’œuvre méthodiquement. Il y eut Steinbeck, Irving, Tournier, etc. Cet été (où est-il l’été par ces temps de confinement ?), j’avais prévu justement de lire tout Sepulveda. Quelle sale coïncidence. J’avais commencé à réunir ses livres dans une partie de ma bibliothèque et il est parti.

J’aimais comme il mettait ces idées au bestiaire, dans un joyeux et varié alphabête : baleine, chat, chien, escargot, mouette, ocelot. Ses romans donnèrent un nouveau nom aux animaux. Alors non, ce n’est pas la Nature qui a repris ses droits : 70 ans, c’est trop tôt, pour un viejo que tant de lecteurs aimaient d’amour. Cette Nature, il l’a servie, artistiquement et physiquement. Il est tombé sur cette saleté de camarde de jeu. Fallait pas l’inviter.

Il était adepte d’un livre populaire et court. Et tous ses livres courent encore « avec des mots si beaux que, parfois, ils […] faisaient oublier la barbarie des hommes. » (Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour).

[Certains de ses livres, preuves de leur succès phénoménal, se trouvent immanquablement en brocante, chez les bouquinistes. Pendant longtemps, je ne quittais pas ces lieux où on recycle joyeusement les livres sans emporter avec moi un exemplaire du Viejo que leía novelas de amor. J’en eus ensuite suffisamment pour les distribuer à mes collégiens et leur faire étudier l’œuvre.]

Histoire à lire aux enfants.

Histoire à lire comme un enfant.

Livres courts et histoire de grands.

Sepulveda c’était le Chili incarné. Marqué non par ce mot d’Amazon frelaté par une plate-forme de vente en ligne, mais par le mot Amazonie. Natif d’âmérique latine jusque dans sa générosité, ses tourments et sa résistance.

« Il m’est particulièrement difficile d’imaginer une littérature où le conflit entre l’homme et ce qui l’empêche d’être heureux serait absent. » (Une vie de passions formidables).

8 commentaires sur “C’est l’histoire d’une muerte et d’un homme qui nous apprit à voler avec ses mots.

  1. 😭😭

    Un bien triste 16 avril 😦

    J’avais laissé cet extrait le 16 juillet
    Je le remet (à lire demain à 10heures )

    On dit qu’à la sortie de la galerie San Antonio, un aveugle chantait : Madame, là où, comme ma mère dit qu’on le dit partout, l’eau et le vent disent qu’ils ont vu un guérillero.
    On dit qu’un inspecteur de police et sa jeune adjointe furent les premiers arrivés au Joyeux Dragon.
    On dit qu’à dix heures du matin les cinq jeunes serveuses portaient déjà leurs minijupes rouges et l’ex-sergent reconverti en maquereau balayait des restes de plâtre et regardait, ébahi, le trou creusé dans un angle de la salle, tout près du plafond.
    On dit que quelques minutes plus tard arrivèrent d’autres inspecteurs de police avec des pelles et des pioches ; ils transportèrent le comptoir, la machine à café dans la galerie, et obligèrent les filles à sortir non sans s’être préalablement couvertes à cause du froid de juillet.
    On dit que l’inspecteur reçut un appel urgent, des ordres venus d’en haut lui demandant de mettre les scellés sur les lieux du méfait et de ne rien toucher avant l’arrivée d’une autorité investie des pleins pouvoirs.
    On dit que l’inspecteur traversa la galerie, entra dans la librairie Le Monde Diplomatique et demanda s’ils avaient un annuaire de la presse.
    On dit que son adjointe appela sans tarder les journaux, les radios, les télévisions, et aussitôt, une mer de micros, de caméras, de lumières, de magnétophones, une multitude de stylos entrèrent en action à toute hâte.
    On dit que quand les « huiles » arrivèrent, l’inspecteur lisait à haute voix le contenu d’un registre comptable. Il répétait des noms connus, mentionnait des chiffres alarmants.
    On dit que le matin de ce 16 juillet, il avait cessé de pleuvoir sur Santiago.

    L’ombre de ce que nous avons été – Luis Sepulveda

    Aimé par 1 personne

  2. >un homme qui nous apprit à voler avec ses mots.

    Je découvre ceci : « Il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots, répondit Zorbas »

    Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepulveda

    Aimé par 1 personne

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