Bonne heure de la rentrée littéraire : 18h00

À lire à l’heure

21919329« Le maquilleur-coiffeur passait à 18 heures, la taille ceinte d’une pochette débordant de pinceaux, il repoudrait le front de l’une, appliquait de l’anti-cernes sur le bouton d’une autre, retraçant le tremblé d’un trait d’eye-liner ; son souffle mentholé et tranquille caressait les joues, le son caoutchouteux de la gomme qu’il mâchait en permanence tenait lieu de berceuse, les filles somnolaient dans une brume de laque. »

Chavirer de Lola Lafon

Bonne heure de la rentrée littéraire : 09h00

À lire à l’heure

61SsdLOz4rL« Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit déjeuner sur la terrasse. Justine et Louis se sont disputé la place face à la mer. Brune leur a rappelé la règle d’alternance d’un repas à l’autre, et intimé d’arrêter leur chahut. La famille voisine ne méritait pas qu’on lui casse les oreilles dès 9 heures du matin. Eux étaient cinq, nous étions quatre, était-il normal qu’on n’entende que nous dans toute la résidence ? La question n’appelait pas de réponse et les enfants se sont tus. »

Un enlèvement de François Begaudeau

Bonne heure de la rentrée littéraire : 07h00

À lire à l’heure

product_9782072860829_195x320« Dans un roman d’une grande tension, Erri De Luca reconstitue l’échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme «de la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire d’Italie». Mais l’interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l’engagement, la justice, l’amitié et la trahison. »

« Q. Je vous demande tout de même de revenir sur votre journée.

R. Je me réveille tôt, vers 5 heures. J’attends 7 heures pour descendre dans la salle à manger et prendre mon petit-déjeuner. »

Impossible d’Erri de Luca

Bonne heure de la rentrée littéraire : 16h45

À lire à l’heure

31mTsDbKgpL« Maintenant son chien se lève parce qu’il a entendu que quelqu’un arrive, ou qui n’est pas encore arrivé, mais il sait que c’est l’heure, entre seize heures quarante-cinq et seize heures cinquante-cinq, selon les difficultés de la circulation. Au bout du chemin caillouteux qui conduit du hameau à la route mal goudronnée où on laisse les conteneurs à poubelles, route qui rejoint la départementale qu’on prend pour aller dans le bourg de La Bassée, le car scolaire va s’arrêter, sa porte s’ouvrir, et Ida, avec deux enfants des hameaux voisins, en sortira. À peine la porte se sera refermée dans son bruit de suspension hydraulique, que les trois enfants se sépareront ou ricaneront encore deux ou trois minutes, échangeront encore deux ou trois mots, puis ils partiront aussitôt l’un vers l’ouest, l’autre vers l’est, le troisième au nord ; Ida marchera et gardera les mains sur les bretelles de son cartable, sans s’intéresser à la route devant elle – elle connaît trop le moment où la route mal goudronnée, fatiguée, creusée par les suc-cessions d’hiver, d’été, de froid et de pluie, de chaleur et des roues des tracteurs, tourne sur la gauche en laissant la bande de goudron devenir un chemin de gravier blanc, aveuglant en été mais boueux le plus souvent, et presque roux alors, ou plutôt ocre, jaune, comme comme il est maintenant, chargé de la flotte qu’il a plu toute la nuit et ce matin encore, encombré de flaques marronnasses profondes et larges qu’elle doit contourner et qu’elle s’amuse parfois à enjamber, avec, au bout, le hameau et les toits des trois maisons, des granges et de l’étable, chez elle, les toits verdis par endroits à cause de la mousse et des végétaux qui ont envahi les murs et ont proliféré jusqu’en haut des toits ; il y a le hameau, comme un poing fermé au milieu des champs de maïs et des pâturages où les vaches passent leurs journées à brouter; il y a aussi des arbres qui longent la rivière séparant la terre en deux départements ; de l’autre côté, une église en pierre blanche de tuffeau, et ici, de notre côté, les peupliers, comme une armée au garde-à-vous, en rang d’oignons, longeant et ombrant la rivière. Mais tout ça c’est déjà assez loin, à pied il faut du temps pour y accéder, et traverser aussi cette espèce de minuscule bois sauvage, comme un carré d’arbres parqués dans les champs, des arbres dont on entend les feuilles et les branches bruisser dès que le vent vient de la bonne direction, apportant aussi le chant des oiseaux et où vivent les renards qui traînent un peu trop près parfois – on en a vu un dans la cour, très tôt un matin avant de partir à l’école. »

Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier

Bonne heure de la rentrée littéraire : 15h00

À lire à l’heure

9782330135218Zhu Yu, âgée de vingt-six ans, fille de Zhu Men-fei, propriétaire du restaurant Big Menfei dans le Chinatown de New York, venait d’arriver pour passer un week-end à Las Vegas où, avait dit Menfei, elle devait rejoindre une amie nommée Beatrix Meadow-Jones. C’est cette amie qui, inquiète de ne pas voir arriver Zhu Yu à leur rendez-vous à quinze heures devant les fontaines du Bellagio et de constater que son téléphone sonnait dans le vide alors qu’elle avait pu la joindre deux heures plus tôt pour s’assurer qu’elle était bien arrivée à Las Vegas, avait alerté la police. »

Le Bon, la Brute et le Renard de Christian Garcin