Bonne heure littéraire : 11h10

À lire à l’heure

41ECZJBEXTL._SX210_« Il avait minuté chaque phase de l’opération, et savait exactement combien de temps il lui fallait pour se raser, combien de temps il lui fallait pour s’habiller et combien de temps il lui fallait pour avaler en vitesse une tasse de café. Avant de commencer sa toilette, il ôta sa montre de son poignet et la déposa à côté du lavabo, pour pouvoir, de temps en temps, y jeter un coup d’œil. A onze heures dix, il commença à s’habiller. Il enfila une chemise bariolée que son frère lui avait envoyée de Hawaii, un pantalon beige clair et un blouson de popeline. Il plaça un mouchoir dans sa poche-revolver gauche, puis récupéra son portefeuille et la monnaie qui se trouvaient sur la commode. »

Du balai ! d’Ed McBain

Bonne heure littéraire : 15h42

À lire à l’heure

Du-balai-« A quinze heures quarante-deux, le 25 juillet, le rapport balistique arriva sur le bureau de Carella. Les balles et les douilles trouvées près du corps de Mike Reardon avaient été comparées, sous le microscope, à celles qui avaient tué David Foster.
Le rapport concluait que la même arme avait été utilisée pour les deux crimes. »

Du Balai ! d’Ed Mc Bain (1956)

Ed McBain. Combien de divisions ?

unnamedEd McBain. Combien de divisions ? 8 tomes chez Omnibus.

C’est une série policière qui retrace 50 ans de vie états-unienne à travers le prisme du commissariat d’une ville imaginaire, Isola, dans son 87ème district.

C’est du roman de procédure policière avec des policiers dans leur quotidien, Carella, Meyer, Kling, etc. À la manière de ce que firent Sjöwall et Wahlöö en Suède. Les enquêtes s’ajoutent, s’empilent, se mêlent.

Et que ne durent que les procédures, durent que les procédures. Peu de moments doux.

C’est du roman procédurier et, tout comme celle du couple suédois, l’œuvre d’Ed Mac Bain est politique. Ce n’est pas qu’un miroir sur le chemin, ça se frotte sévère à la réalité sociale.

« La foule s’écarta pour laisser passer Kling. Cela ne lui rendit pas service d’être le flic le plus jeune de la brigade, avec l’air innocent d’un brave type de la campagne sur son visage poupin, cela ne lui rendit pas service d’être blond et tête nue, cela ne lui rendit pas service d’entrer dans l’église avec l’assurance juvénile d’un redresseur de torts. La foule savait qu’il était flic, elle savait qu’il était un sale Blanc et elle savait aussi que si cet attentat avait eu lieu dans Hall Avenue, là-bas, dans le centre, le directeur de la police aurait débarqué en personne, précédé de hérauts sonnant de la trompette. Mais ici, c’était Culver Avenue, où un mélange détonant de Portoricains et de Noirs se partageaient un ghetto en voie de désintégration, et donc la voiture qui s’était arrêtée le long du trottoir ne portait pas le macaron bleu et or du directeur de la police, c’était une simple Chevrolet décapotable verte qui appartenait à Kling, et l’homme qui en descendit avait l’air jeune, inexpérimenté et stupide, malgré l’attitude assurée qu’il affecta en entrant dans l’église, son insigne épinglé à son manteau. »

Tout le monde sont là, quel titre à l’effervescence grammaticale. Hail, Hail, the Gang’s All Here ! est le titre original d’un roman dont la traduction est due à Madeleine Charvet et a été revue et augmentée par Pierre de Laubier.

Il est question de vies brisées, de commerce de drogues, de prostitution, de ségrégation raciale (une église d’un quartier noir incendiée par un blanc). Il est aussi question d’un quotidien harassant. Mais aussi d’ivrognes, d’abus sexuels, de fantômes et d’arnaque à la petite semaine.

Ce roman est la pièce d’un puzzle qu’on pourrait qualifier de comédie humaine. C’est sa 25ème pièce. Il se dit que la lecture de cette somme est encore meilleure chronologiquement.

Pour un passionné d’heure littéraire, cette série est un choix parfait. Voir ici et .

La bonne heure littéraire : 23h59

À lire à l’heure

[INCIPIT]

unnamed« Ici, les premières heures du matin arrivent subrepticement.

Au cadran écaillé de la pendule murale, il est minuit moins une, puis il est minuit, puis on voit la grande aiguille avancer et entrer avec une saccade dans la nouvelle journée. Les heures de la matinée ont commencé mais presque personne ne s’en est aperçu. Dans les gobelets de carton détrempé, le vieux café a le même goût que trente secondes plus tôt, le crépitement des machines à écrire continue imperturbablement sur le même rythme irrégulier, au fond de la pièce un ivrogne hurle que le monde est plein de brutalité et la fumée des cigarettes monte vers le cadran de la pendule où, dans l’indifférence générale, le jour passé est déjà mort depuis deux minutes. Le téléphone sonne. »

Tout le monde sont là d’Ed McBain (1971)