Bonne heure littéraire : 3h22

« Sur sa table de chevet, une radio Sony allumée, un réveil indiquant 3 h 22. Un échiquier avec ses pièces, un verre de lait. Une lampe allumée. Un téléphone couleur crème. Qui se met à sonner comme par magie. Cet appel arrive tout droit de Californie. Le numéro direct de la chambre est le 22322 ; or personne au monde ne peut l’avoir. Sauf un : Henry Kissinger. Il l’appelle de la Casa Pacifica, sur la plage de San Clemente. C’est la « Maison-Blanche estivale », comme on la surnomme, celle de Nixon en ce moment. »

Le coup du fou d’Alessandro Barbaglia

Bonne heure littéraire : 1h30

« La façade principale de Blenheim, colossale bâtisse de l’Oxfordshire, mesure cent soixante mètres de long. Un renflement central, sein unique et bombé, coup d’estomac repoussant la table, sépare deux ailes aux mouvements majestueux d’une traîne balayant les pelouses. C’est dans une petite pièce, la plus proche de l’entrée que naît Winston, à une heure et demie du matin, le 30 novembre 1874. Le duc d’Édimbourg naîtra sur une table de cuisine. Les familles royales aiment les coutumes archaïques. »

Un Noël avec Winston de Corinne Desarzens

Bonne heure littéraire : 03h00

« L’opacité de cette nuit sans étoiles les enveloppe. Ils marchent d’abord en silence, heureux de quitter le brouhaha de la fête. Les vagues viennent s’écraser le long de la digue, les éclaboussant parfois au passage. Le vent s’est levé dans la soirée. Rebecca frissonne. Trois heures du matin, est-ce bien une heure pour marcher le long de la digue ? Ilias ôte sa veste et la dépose sur les épaules de sa nièce.
Alors ?
Alors rien d’intéressant, ce soir. Et toi ? 

Moi, j’ai compris qu’ils préparent un sale coup aux Italiens à l’est. Mais je n’ai pas réussi à en savoir plus pour l’instant. »

Eleftheria de Murielle Szac, éditions Emmanuelle Collas, 2022,

Bonne heure littéraire : 16h00

« Fin du rendez-vous clandestin. Il a eu lieu devant le cinéma de la place Manuel Becerra, à Madrid, dans un dédale de rues animées, de celles qui facilitent la rencontre furtive entre deux camarades communistes en mission secrète. Tandis que l’horloge sonne quatre heures, quelques mots sont échangés, des papiers compromettants passent de main en main et on décide d’un autre rendez-vous. L’un repart, sachant qu’il vient de dénoncer son camarade. L’autre va prendre le bus de la ligne 18. Le dernier soleil chaud de ce 7 novembre 1962 décline derrière la vitre. Madrid sent l’automne. »

Le Pion de Paco Cerdà

Chemin de traverse en voiture dans le cinéma français

Dans le cinéma français, la voiture abandonne souvent sa symbolique virile pour adopter des chemins de traverse.
Sa valeur n’est pas le volant. C’est pas Mad Max, c’est Max Bad. C’est une voiture qui véhicule une vision en miroir, un coup d’œil rétro empreints de satire, de poésie, de pas de côté.

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A lire un 20 juillet

Éphémérides. Quand le calendrier se fait littéraire.

[Incipit]

Le 20 juillet 1988, quand était arrivée la lettre de Sandrine Cazes alors en vacances à Juan-les-Pins et que j’avais rencontrée une semaine auparavant dans un bal de village, je l’avais saisie d’une main tremblante (en réalité, elle était d’abord passée par les mains de ma mère, c’est elle qui allait au courrier, C’est pour toi, avait-elle déclaré d’un ton solennel, suscitant chez moi un sentiment mêlé de honte et d’excitation), je m’étais réfugié dans ma chambre pour l’ouvrir en toute tranquillité et j’avais découvert une carte postale d’une vue de Juan-les-Pins accompagnée d’une longue lettre d’une écriture tout en rondeur, à l’encre bleue sur du papier parfumé. »

Broadway de Fabrice Caro.