Sujet de réflexion : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » (vous avez une heure)

Les professeurs de français ont l’habitude d’interroger les textes, les phrases, les mots. L’explication de texte, l’explication linéaire, ils connaissent.

Ce petit livre ne porte pas sur un livre, un poème, mais sur une phrase. Une simple phrase.
Une simple phrases aux ramifications complexes.

Certaines phrases incarnent tout un discours politique. C‘est pour cela qu’elles circulent, qu’elles sont véhiculées, ressassées, gravées dans les esprits comme une vérité…

On se souvient que répéter un mensonge n’en fait pas une vérité.
Ces phrases répétées ici ou là deviennent des éléments de langage. Elles relèvent de la punch-line : efficace, parlante,… venimeuse.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde… » (Michel Rocard)
C’est cette phrase qui est le sujet de ce petit livre. L’un des auteurs est un Français, Pierre Tevanian, l’autre est un Belge, Jean-Charles Stevens. Cela permet de varier le point de vue.

La phrase (et ses variations) venue d’un responsable politique socialiste est depuis passée et repassée en boucle autant dans les discours politiques que dans les propos de café du commerce.
Cette phrase a été si souvent reprise (et parfois tronquée) qu’elle méritait – socialiste oblige – son tournant de la rigueur.
La phrase est découpée mot par mot voire sous-entendu par sous entendu. L’auto-défense intellectuelle est à ce prix.

« On ».
Ce « on » qui est aussi un « nous ».

« ne peut pas »
« pouvoir » renvoie à deux notions différentes : la possibilité et l’autorisation.

« accueillir »
Compter sur son territoire ? Ou accorder un statut, des droits ? Ou accueillir dans son sens affectif, positif ?

« toute »
Un adjectif qui donne une impression de submersion, de terreur.

« la misère du monde »
Expressions qui effacent une humanité, ne parlent pas de femmes, d’hommes et d’enfants. Une phrase qui n’appelle pas à l’empathie.

Ces chapitres, qui collent à la phrase, sont entourés par deux autres plus généraux. D’abord « Une sentence de mort », puis, pour finir « Pour l’hospitalité ». Une dernière partie qui revient sur la fin de la phrase de Rocard «mais elle doit en prendre sa part ».

Les chiffres sont clairs, les études sont parlantes, la France n’est pas parmi les pays les plus accueillants. Et elle est loin de prendre sa part. A l’appui de ces assertions, par exemple un rapport du Haut Comité aux Réfugiés des Nations unies paru en 2021, les chiffres d’Eurostat pour l’année 2020… Chaque chapitre est suivi de plusieurs pages de notes.

Ce découpage efficace d’une phrase qui est restée dans le discours politique montre que la phrase est xénophobe.

Une phrase qu’on ne peut plus accueillir dans notre discours sauf à en prendre la part de sous-entendus xénophobes.
Un livre, pratique et militant, à offrir à toute personne qui la prononcerait encore (5 euros pour s’ouvrir l’esprit, c’est donné !).

Ah ! Parmi les phrases rendues célèbres par des hommes politiques, le « Liliane, fais les valises » de Georges Marchais est bien plus anodin. Encore que…

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » Une sentence de mort, de Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens, éd. Anamosa, 5 euros.

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4 commentaires sur “Sujet de réflexion : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » (vous avez une heure)

  1. Bonjour , 😊

    La misère n’est pas qu’humaine …

    À cette heure d’anagramme { ON NE PEUT ACCUEILLIR TOUTE LA MISÈRE DU MONDE } fait aussi :


    { ET LE COUP MENTI, DU CONSEIL À LEURRE …
    ON DIT SA PAUME !!!!}

    J’aime

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