Ma série bien-aimée

À une série qui était plus que ça.
À mes vieilles VHS sur lesquelles était écrit MSBA.

Ma Sorcière bien-aimée (Bewitched love, 8 saisons de 1964 à 1972) est une situation comedy (sit com) qui a marqué de nombreuses générations. Son héroïne, Samantha, a depuis longtemps rejoint, dans notre imaginaire,  Cléopâtre et Cyrano, figures, elles aussi, qu’on pourrait/voudrait réduire à leur nez.
C’est l’actrice, Elizabeth Montgomery, qui aurait eu l’idée du fameux gimmick : remuer son nez sans faire bouger son visage. De quoi signaler au spectateur le passage dans le monde magique. Riche idée.
La série doit son existence à un producteur Harry Ackerman et à un scénariste Sol Saks qui conçurent le projet de la série. Ensuite, il doit son style final à l’énergie de William Asher, réalisateur, et de son épouse, actrice, Elizabeth Montgomery.
Sans oublier les films inspirés et inspirants qui ont précédé la série : Ma femme est une sorcière (I married a witch, 1942) de René Clair et Bells, book and candie (L’adorable voisine, 1958) de Richard Quine.

La sorcière bien-aimée se nommera Samantha et non Cassandra comme il était prévu à l’origine.

Titre de la série
Le titre original était basé sur un jeu de mots. Le « bien-aimée » français vient du Beloved anglais. Bewitched en dit long sur la nature de la bien-aimée en question. Le balai de la parfaite petite ménagère transformé en un balai de sorcière. She is kind…of magic ! Un balai transformé en bâton de dynamite pour jouer avec les conventions.

La v.f
C’est toujours drôle de constater les contorsions linguistiques que s’imposent les adaptateurs. Ainsi, de la v.o à la v.f, les noms de la série ont changé. Pour faire plus local. Darren est devenu Jean-Pierre, Gladys c’est Charlotte, Larry se dit Alfred, Tabitha a pris un -a pour s’appeler Tabatha. Stephens c’est Stevens. Là, le v.f (le -v français) a pris la place de la v.ph.
Il serait amusant de faire la liste de tous les prénoms qu’Endora attribue à son gendre (Jean-Charles, Jean-Pitre…). Et la liste des équivalents anglais.

Jean-Pierre, Darren et tous leurs Dirk
Certains acteurs ont changé au fil des saisons. C’est souvent le cas lorsqu’une série dure longtemps. Les acteurs sont mortels. Pas les personnages de fiction. Lorsque le premier acteur de la série à jouer Jean-Pierre, Dirk York, doit abandonner la série pour de sérieux problèmes de dos, il est remplacé par un acteur qui porte le même prénom, Dirk. Et qui lui ressemble un peu aussi. Dirk York est donc remplacé par Dirk Sargent. Ce deuxième acteur était en réalité le premier choix de la production. Dirk Sargent était même un ami d’Elizabeth Montgomery et bénéficiait donc d’un a priori favorable. Finalement il ne joua pas dans la série en raison d’un emploi du temps trop chargé…jusqu’à ce que Bewitched eut besoin d’un remplaçant.

Le contexte politique
La série a débuté en 1954 (et le tournage de l’épisode pilote a été entaché par l’assassinat de Kennedy). Martin Luther King a fait son rêve en 1963 (et la diffusion d’un épisode a été annulée en 1968 pour annoncer la nouvelle de sa mort). La série, avec ses 254 épisodes, a accompagné une partie de l’histoire américaine et notamment le mouvement des droits civiques. 
Après le plaisir d’une première lecture, essentielle et qui lui vaut son succès, le fan de la série peut en faire une lecture plus politique.
On peut tout à fait à propos de la série parler de féminisme, de racisme, de mariage mixte (plusieurs épisodes dénoncent l’absurdité de la discrimination mortels/sorciers), de rapports de dominations dans le monde du travail  et même du harcèlement au travail (Alfred Tate, sous des dehors de grand-père débonnaire, est un patron tyrannique, autoritaire…).
On peut interpréter des éléments liés au récit. Et d’autres liés aux biographies des personnes qui participèrent au succès de la série.
Ainsi, le père de l’actrice principale, Robert Montgomery, fut accusé d’être l’un des principaux agents du communisme à Hollywood. Dans le sujet de Bewitched, il y a un écho à ce maccarthysme, à cette chasse aux sorcières qui frappa les USA.
Le casting comportait nombre de militants, notamment de la cause gay (des années plus tard, Dirk Sargent, après son coming out, marchera au bras d’Elizabeth Montgomery lors d’une gay Pride d’anthologie).
C’est discret, entre les lignes, comme cette allusion à la compétition bêtement guerre-froidesque : lorsque Tabatha fait la une des journaux pour avoir, faussement, fait sa première phrase, à peine âgée de quelques mois, l’URSS annonce aussitôt qu’un de ses enfants a fait mieux ! Ça m’aurait étonné, commente alors son père, Jean-Pierre, euh Darren.

Et puis c’est moins discret, plus assumé, les années passant, comme dans l’épisode 13 de la saison 7 (Sisters at heart) où il est clairement question du racisme (un épisode où, à la marge de la trame principale, le spectateur constate l’évolution plutôt positive de la psychologie du personnage d’Alfred Tate). On est en 1970. Et c’est l’épisode de Noël, qui plus est.

La société américaine
Certes, Samantha peut passer pour l’archétype de la femme au foyer, soumise, attentive au bien-être de son mari. C’est une apparence. Il y a beaucoup d’ironie. En fait, son couple représente un anti-conformisme que des petits-bourgeois comme la voisine Charlotte Kravitz insupporte. Samantha Stevens est évidemment une femme puissante, infiniment supérieure à son mari. Pas mal pour l’époque. Les facilités de Samantha soulignent par contraste les faiblesses de son mari et des hommes en général. Son mari, mortel, est bien souvent ridicule. Il n’incarne pas vraiment le mâle américain dominant.

Doublage
Si Samantha Stevens n’eût pas été doublée par Martine Sarcey, toute la face de Ma Sorcière Bien-Aimée aurait changé. En consultant la filmographie de cette actrice française, on découvre que son premier film (une figuration) s’intitulait «Nez de cuir». PrédestiNEZ ! Elle a joué aussi dans «Un éléphant ça trompe énormément»… À croire qu’on ne devient pas doubleuse de Samantha, on le nez.
Difficile pour ceux qui ont vu la série de regarder la série en v.o. Difficile ou tout simplement impensable. Un personnage ensarceylé.

Fiction et réalité
L’un des créateurs de la série, Sol Saks, est mort à plus de cent ans. Immortel, on vous dit !

« If you think about it, Bewitched is about repression in general and all the frustration and trouble it can cause. » (Elizabeth Mongomery)

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