La priorité des priorités (Prioritas prioritatum)

Le collègien veut être prio’ à la cantine pour manger plus tôt et aller plus tôt en récré. On le comprend.
En politique, la priorité commence à irriter. Elle est partout. Priorité partout, priorité nulle part. 

La Priorité tue.
Le mot, emprunté au latin médiéval, issu du latin prior « le plus en avant », « le premier de deux », n’a depuis jamais été rendu.

Même le Code de la route commence à faire la gueule. Sa priorité à lui tout le monde s’en fiche. On la grille sans vergogne dès le premier plan d’urgence.

Ma priorité. Notre priorité. Tous les thèmes sont concernés. Du foot au plan d’urgence climatique.
Elle est parfois numérotée : priorité numéro 1 (on attend avec curiosité la priorité n°18).
Elle s’adjoint des adjectifs : elle est parfois nouvelle, absolue, incontournable, voire…grande. On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton. Cyrano en aurait fait une tirade.
Elle est priorité des priorités, comme autrefois vanitas vanitatum. Omnia prioritas. Tout est priorité.

Le discours politique sent parfois le commerce de proximité et de priorités.
À une priorité succède une autre priorité. Autant de champs politiques, autant de priorités. Une priorité pour l’agriculture l’emporte-t-elle sur une priorité pour l’environnement ? 
Une priorité en géopolitique l’emporte-t-elle sur une priorité dans le sport ?
Priorité versus Priorité.

C’est l’obsolescence programmée de la priorité.

Le Code de la route la ramène un peu. Il existe des refus de priorités. Non mais !

Un commentaire sur “La priorité des priorités (Prioritas prioritatum)

  1. Bonjour , 😊

    < En variant le ton. Cyrano en aurait fait une tirade.
    Est-ce seulement , Paul Verlaine, dans ‘ Jadis et Naguère (1885) ‘ & L’‘Art Poétique ‘… qui la lui aurait subtilisée ?

    « De la musique avant toute chose,
    Et pour cela préfère l’Impair
    Plus vague et plus soluble dans l’air,
    Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

    Il faut aussi que tu n’ailles point
    Choisir tes mots sans quelque méprise :
    Rien de plus cher que la chanson grise
    Ou l’Indécis au Précis se joint.

    C’est de beaux yeux derrière des voiles,
    C’est le grand jour tremblant de midi ;
    C’est par un ciel d’automne attiédi,
    Le bleu fouillis des claires étoiles !

    Car nous voulons la Nuance encor,
    Pas la couleur, rien que la Nuance !
    Oh ! la nuance seule fiance
    Le rêve au rêve et la flûte au cor !

    Fuis du plus loin la Pointe assassine,
    L’Esprit cruel et le Rire impur,
    Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
    Et tout cet ail de basse cuisine !

    Prend l’éloquence et tords-lui son cou !
    Tu feras bien, en train d’énergie,
    De rendre un peu la Rime assagie.
    Si l’on y veille, elle ira jusqu’où ?

    Ô qui dira les torts de la Rime !
    Quel enfant sourd ou quel nègre fou
    Nous a forgé ce bijou d’un sou
    Qui sonne creux et faux sous la lime ?

    De la musique encore et toujours !
    Que ton vers soit la chose envolée
    Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
    Vers d’autres cieux à d’autres amours.

    Que ton vers soit la bonne aventure
    Éparse au vent crispé du matin
    Qui va fleurant la menthe et le thym…

    … Et tout le reste est littérature.»

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