Le temps des grêlons ou la mort du selfie

Le père et la mère ont un magasin de photo. Le narrateur est leur fils et son chat se nomme Kodak. Le père mort, la mère a repris la boutique et puis…mais n’allons pas trop vite.

Le narrateur est jeune. Le début du roman fait penser au Petit Nicolas par la façon de parler du jeune personnage. Rien d’un gosse cynique, plutôt un Gossinyx, un amusant candide.
Dans cette histoire, pas de Nicolas, mais un Jean-Jean, une Gwendo et un narrateur sans nom.

L’élément déclencheur du roman, c’est qu’un jour, au moment où les appareils photos se déclenchent, les « le Petit Oiseau va sortir » et autres Ouistitis ne servent à rien. Pas la trace du moindre humain sur la photo !
Ils avaient bien raison ces Indiens craignant de perdre leur âme s’ils étaient pris en photo.
Le selfie est définitivement aboli. À la télé, le présentateur du JT n’est plus qu’un portrait dessiné. Pareil pour ses invités.
Les dessinateurs sont courtisés.

Et puis dans le Sud du narrateur, l’ambiance vire soudain à la Rose pourpre de Beaucaire (sans la diligence de Daudet) : ceux qui, jadis, furent filmés ou photographiés (dès le daguéréotype) sortent du cadre, s’animent. Des gens tombent du ciel, comme les datas d’un cloud archaïque.
Ce sont les grêlons.
C’est le voyage dans le temps des grêlons. Comme s’ils réclamaient l’éternité promise par les films et les photos. Surgissent par exemple les protagonistes de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat et Arthur Rimbaud.
Beaucoup de ces Grêlons restent hébétés. D’autres connaissent l’Illumination (rimbaldienne, of course). Ces étrangers étranges vont susciter la curiosité, puis, chez certains, le rejet. On entre alors dans la satire politique. Un mouvement naît qui commence par un F. La parti des Frelons.

Le roman fait penser à cette excellente série norvégienne Beforeigners dans laquelle le monde est touché par une immigration très particulière : elle est multi-temporelle. Après des flashs venus du fond de l’océan, des gens débarquent de trois époques différentes : de l’âge de fer, de l’âge des Vikings et du 19ème siècle. Elle aussi adoptait l’angle de la satire politique.« Beforeigners rentrez chez vous ! » parlent d’elles-mêmes. Timeigrants, passétrangers…, les néologismes rivalisent d’astuce.

Le combo est prêt : lire le livre puis regarder la série.

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Un commentaire sur “Le temps des grêlons ou la mort du selfie

  1. Bonjour, 😊

    < Bientôt, le monde est submergé de Grêlons …

    Il était un temps, où la chanteuse Maurane voyait :

    (… ) Des visages, des voix pêle-mêle
    Traits d'humour, paroles divines
    Il neige…des E-Mails…. (… )

    Elle devait bien ‘i-neige’ avoir raison !

    Aimé par 1 personne

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