La cité en flammes (et son who’s who grec)

La Cité en flammes que nous offre Don Winslow est une habile manière de revitaliser le mythe de la Guerre de Troie.
Dès l’incipit du roman, c’est beau comme l’antique : « Danny Murphy regarde la femme sortir de l’eau telle une vision émergeant de ses rêves d’Océan. »
C’est l’apparition de Pam dans la pompe divine d’Aphrodite.
De quoi se souvenir du Botticelli qui orne la couverture de cet ouvrage sur Venus, .

Pam, c’est donc Hélène. Et sous les masques préparés par l’auteur de thriller américain, on retrouve les héros de cette guerre, lointaine dans le temps, très proche dans les faits.
Pâris s’appelle, ici, Liam. Et Hector, Pat. Cassie, c’est Cassandre, celle que personne n’écoute.
Sal, c’est Achille (il a un « talon d’Achille », lit-on dans le roman, petite concession au dévoilement de ce Who’s who, une grosse clef même !) et Tony, c’est Patrocle
Danny, le personnage principal du roman, c’est Enée. Il a un fils et un père dont il prendra soin.
Et le cheval de Troie, c’est…

Bref, c’est double plaisir pour celui qui connaît le mythe de faire la conversion et de retrouver au milieu des coups de feu, des relations troubles et des structures tentaculaires, l’œuvre d’Homère.
Ici ni Grecs ni Troyens, mais des Irlandais (les Murphy) et des Italiens (Les Moretti) dans une ville des USA, Providence, Rhode Island, entre 1980 et 1990.
Pour celui qui ne connaît pas bien L’Iliade, c’est la preuve que la trame antique fonctionne encore.

L’écrivain, comme Pénélope, tisse et détisse à l’infini la même trame depuis la nuit des temps de l’écriture.

Avec ces deux familles, le roman joue avec la tragédie. Du sang et des mythes qui tournent au règlement de comptes. L’héroïne, ici, se compte en kilos, en briques et en billet de banque.
Un récit qui stupéfie, dans des vapeurs mythologiques. Le Parrain n’est jamais loin.

Je n’ai pas trop de goût pour les récits qui donnent le souffle de l’épopée aux histoires basses de la mafia. En revanche, cette approche finement mythologiquement m’a plu.

Autrefois, on comparait L’Iliade au feuilleton américain Dallas.
Aujourd’hui, ce serait plutôt au Parrain de Coppola.
L’historien Paul Veyne a toujours comparé la politique romaine à la mafia italienne. Et comme Enée, le Danny de Winslow, va fonder une nouvelle Troie, en l’occurrence Rome, CQFD ! Avec Winslow, pas de risque qu’il fasse des mafieux des héros romantiques.

À la fin du volume, Don Winslow cite, comme influence, Bruce Springsteen. Il l’a beaucoup écouté en écrivant le livre. Ce contexte italo-irlandais l’imposait. En revanche, ses personnages ne l’écoutent pas.

Dans un entretien récent, Don Winslow a dit qu’il allait cesser d’écrire pour se consacrer à la lutte contre les néo-fascistes. Le brave homme !!

2 commentaires sur “La cité en flammes (et son who’s who grec)

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