Et ça continue encore et encore (W. Guthrie/Dropkick Murphys)

Les Dropkick Murphys viennent d’avoir l’excellente idée de revisiter le répertoire de Woody Guthrie (1912-1967). Leur nouvel album sort le 30 septembre. Il s’intitule This machine kills still fascists.

Ce Still, cet « encore » rappelle que la musique adoucit les meurtres (métaphoriques). Réduire à néant est un vaste et beau projet tant il est encore fécond le ventre d’où a surgi la bête immonde. La phrase de Brecht est connue et son actualité intemporelle.
Rien ne sert de se lamenter, il faut s’indigner à point.

Années 20-30. En ce temps-là, la dépression n’est pas un moteur d’inspiration cinématographique et nombriliste. La Dépression est tout simplement dans la rue. Elle dort à la belle étoile, au milieu des chiffons et des cartons. 
On pèse alors le Poor. Et le Poor ne pèse pas bien lourd.
Nous sommes dans les années 30 et le fascisme ne se contente pas de fâcher Guthrie. Bien plus ! Woody lui déclare la guerre en brandissant sa guitare. Guita-ra-ta-ta ! Une véritable machine-gueule. De quoi crier « Folk you ! » en confectionnant un Dust Bowl d’hyperboles. On a tous les droit, même de jeter du sable dans les yeux de l’adversaire.

« I got to the camp and I learnt how to fight Fascists in daytime, mosquitoes at night »
« See what your greed for money has done. » 
« Rich man took my home and drove me from my door
And I ain’t got no home in this world anymore. »

Pas question de se prolétaire. Chanter pour se faire entendre, c’est la solution du protestataire. Et pourtant la guitare de Guthrie n’est qu’en bois. Pas un bois qu’on plaque mais un bois qui met le feu. Une guitare que l’argot des musiciens surnomme une hache. Du bois dur qu’on aime en tendre, aussi.
Un bois d’où peut sortir tout aussi bien une chanson populaire qui rend fort qu’une chanson qui rend fou quand la guitare se fait banjo contre les barjots capitalistes, Woo’disgusting !
Ce poète itinérant n’a rien d’un Woodywood prêcheur. Bien sûr – on est aux États-unis – c’est donc un saint homme l’Holly Woody, mais pas un prêcheur pour deux sous. Prêteur, plutôt. Avocat dans l’âme. Plutôt un porte-voix, un mega-folk. Le sens de la pitié lié au sens de l’amitié. Transfusion de sens permanente pour garder un cœur bien rouge. Toujours à cœur d’être Social au milieu du So sale ambiant. «I’m sticking to the union ‘til the day I die». Le blues du syndicat. Question de timing pour participer au meeting. Riot patriote et révolutionnaire.
Jeune, il vit en Oklahoma et, okie d’occasion, connait la fuite : cap sur la Californie. Une vie duraille.
Sûre, la route ? Non, une route pleine de périls. Une jungle ambulante. Pourtant c’est bien cette route qu’il ne cesse ensuite d’emprunter, de fouler, en route pour la gloire. Il a trouvé sa voie : la route et la vie du rail.
C’est avant tout pour le peuple, pour la foule qu’il presse régulièrement les Raisins de sa guitare. Il prend d’ailleurs plaisir à les presser pour les assoiffés d’idéal, les Tom Joad et autres figures dignes de John Steinbeck. En revanche, les John jaunes des piquets de grève ne récoltent que sa colère muette : sans guitare.
Depuis sa mort, sa guitare – célèbre Chewing Gun aux mâchoires acérées contre le fascisme – Dylan, Springsteen et bien d’autres l’ont reprise. Et maintenant les Dropkick Murphys. Ses chansons et sa guitare sont donc entre de bonnes mains.
Pourtant, ce que ces chansons cherchent encore ce sont des oreilles. Pas des oreilles complaisantes, mais des oreilles qu’ont plaisir. C’est exigeant une chanson populaire. Folk ce qu’il folk.
« This land is our land » est sa chanson la plus fameuse. D’ailleurs, de ce chanteur, né le 14 juillet, nous pourrions dire This man is our man. This man is made for you and me.

2 commentaires sur “Et ça continue encore et encore (W. Guthrie/Dropkick Murphys)

  1. Bonjour 😊

    < This machine kills still fascists. En référence à l'inscription qui figurait sur la guitare de Guthrie : This machine kills fascists.

    Un titre d’un jour, pour les jours toujours ?

    J’aime

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