J’aime les haies

« …le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles* de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. » (Gilles Deleuze)

Je hais les J’aime, dit celui que l’usage du pouce, compulsivement levé sur les réseaux, fatigue.

Je hais les haies qui sont en nous disait ce Raymond-le-fou de Devos (le copain de Pierrot).

Va, je ne te « haie » point, dit la corneille perchée sur la branche et qui tient dans son bec un bouquin.

J’aime les haies, dit celui qui sait combien les arbres têtards creux sont importants.

Le creux des arbres morts est une valeur refuge pour les chouettes, les chauves-souris, les mésanges, les piverts, les orvets,…

Il faut retrouver le geste barrière végétale. Une protection en cas de sécheresse ou de fortes pluies. Plutôt que de passer son temps à se haïr, on voudrait voir les haies saillir.

L’être humain devrait cesser de vivre à la va comme j’te pousse mais s’appliquer à vivre à la vacuum je fais pousser. Il y découvrirait l’intérêt d’apprendre la poussière et le silence. 

L’être humain n’est pas assez sérieux. Il ne cherche pas assez la petite bête. En coupant les haies, il se plante. Il oublie ce laissez-passe-haie végétal. Il préfère investir dans le barbelé.

Une erreur passible de la Cour Internationale de Justice, qui a justement son siège à La Haye.

Retrouver le sens de la vie par le vide. La haie, c’est le creux, c’est l’hospitalité : le gîte et le couvert.

La haie vive ? Vive la haie !

Retrouver le sens du verbe aime-haie. (oui, c’est facile les rimes en -haie)

L’essence du vide, pas le vide des sens. « J’vous fais le plein ? » Comme une lumière au bout d’un tunnel, comme un bout de vie bouddhiste.

Attention, le vide, c’est du juste milieu. C’est un lieu mieux. Un locus amoenus, entre le bruit inoffensif et la fureur vorace. 

Vacuum. Locus amoenus. Petit voyage en italique et en latin ? Oui, dès qu’il s’agit de faire pousser quelque chose, le latin revient. C’est son côté botanique.

Depuis une cinquantaine d’années, deux haies sur trois ont été supprimées. Tabula rase haie. Le mal a été fait, il faut désormais replanter des kilomètres de haies. La haie qui nourrit, qui parfume, qui qui protège du vent, du soleil, de la pluie, qui fleurit, qui abrite, qui chauffe, qui stabilise, qui draine, qui équilibre, etc.

*VACUOLE n.f a été formé (1736) sur le radical du latin classique vacuus « vide ». Ce terme didactique désigne un espace circonscrit au sein d’une cellule ; en minéralogie, il signifie (1872) « petite cavité (dans la structure d’une roche) » (Dictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey)

3 commentaires sur “J’aime les haies

  1. Bonjour 👋

    En haie, pas bien loin de … l‘ HONNEUR , … il y aurait … la GÉNÉROSITÉ ‼️

    Est-ce seulement 💭 … un hasard, si les politiques écocidaires du moment n‘ont de hargnes, qu‘à vouloir saccager les deux, et tout honneur, et… la moindre des générosités ⁉️

    < La générosité (qui est la plus épaisse des barrières, la plus épineuse de toutes les haies (…))

    … Qu’écrivait Jean
    Giono ( 1895 – 1970) , dans ´Noé ´ en 1947 …

    Noé … où il est dit que … « Pour raconter…, je n’ai, moi, que des mots » :

    Avec amitiés, bon week-end 😊

    Aimé par 1 personne

  2. HORTORUM DEUS (III)
    JOSE MARIA DE … ✨ HEREDIA ‼️ (1842 – 1905)

    „Ecce villicus Venit…
    CATULLE.

    Holà, maudits enfants ! Gare au piège, à la trappe,
    Au chien ! Je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
    Qu’on vienne, sous couleur d’y quérir un caïeu
    D’ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.

    D’ailleurs, là-bas, du fond des chaumes qu’il étrape,
    Le colon vous épie, et, s’il vient, par mon pieu !
    Vos reins sauront alors tout ce que pèse un Dieu
    De bois dur emmanché d’un bras d’homme qui frappe.

    Vite, prenez la sente à gauche, suivez-la
    Jusqu’au bout de la haie ✨où croît ce hêtre, et là ✨
    Profitez de l’avis qu’on vous glisse à l’oreille :

    Un négligent Priape habite au clos voisin ;
    D’ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
    Où sous l’ombre du pampre a rougi le raisin.“

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  3. … Et puis , de Paul Verlaine ( 1844 – 1896) , … est-ce encore ✨ un hasard ✨que ‚ L‘échelonnement des haies ‚… ne conduise forcément… fatalement… au recueil… ‚Sagesse‘ ⁉️

    „L’échelonnement des haies
    Moutonne à l’infini, mer
    Claire dans le brouillard clair
    Qui sent bon les jeunes baies.

    Des arbres et des moulins
    Sont légers sur le vert tendre
    Où vient s’ébattre et s’étendre
    L’agilité des poulains.

    Dans ce vague d’un Dimanche✨
    Voici se jouer aussi
    De grandes brebis aussi
    Douces que leur laine blanche.

    Tout à l’heure déferlait
    L’onde, roulée en volutes,
    De cloches comme des flûtes
    Dans le ciel comme du lait.“ 😊

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