Le déjà-vu (ou qui a bu, Boirac)

Les boucles temporelles sont des œuvres (cinématographiques, littéraires…) basées sur des jours sans fin, de jours qui recommencent encore et encore pour un motif clair ou des raisons confuses.

Emile Boirac en pleine sensation de déjà-vu

DÉJÀ-VU, n.m : Familier. 1. Ce qui n’est pas nouveau, ce qui est banal, sans originalité : Encore un billet sur le déjà-vu ? 2. Trouble de la mémoire donnant au sujet l’impression soudaine et intense d’avoir déjà vécu dans le passé la situation présente. Il me semble avoir déjà lu ce billet. (D’après Le Larousse).

    L’amateur de boucles temporelles né ou vivant à Grenoble peut vouer un culte à Emile Boirac (1851, Guelma, Algérie, 1917, Dijon). L’amatrice aussi. Et avec Boirac ils sont tous deux dans la matrice.


    La ville de Grenoble a eu son quart d’heure de pop célébrité grâce à Bruce Willis. Grenoble ? « le Tchernobyl qui est en Suisse, où il y a de la neige pour skier et tout ça ? » (Die Hard 5 et sa géographie approximative d’états-unien de blockbuster).
    
    Emile Boirac est une figure méconnue du monde de la boucle temporelle (time-loop), dont le nom se perd dans les replis de la pop-loop-culture.
    
    C’est à Grenoble qu’Emile Boirac s’illustra comme figure du monde de l’éducation, comme notable : il fut président de l’Université de Grenoble (1896) et recteur de cette académie (1898).
    Emile Boirac ne se contenta pas d’être une sommité universitaire.
    
    Ce philosophe, longtemps professeur de lycée puis auteur d’une thèse de doctorat d’État ès lettres (De Spatio apud Leibnizium,1894), s’intéresse à l’hypnose. C’est ainsi qu’il en vient à théoriser, en 1876, le concept de déjà-vu dans son ouvrage L’avenir des sciences psychiques.
    
    Le déjà-vu : Ça s’est passé quelque part et ça repasse là. Comme un court-circuit neuronal, une étincelle qui éclaire le chemin parcouru. Beaucoup ont éprouvé cette sensation troublante de déjà-vu, de déjà-vécu. En cause, la fatigue, l’anxiété et puis notre cerveau, toujours prêt à nous jouer des tours.
    
    On peut estimer qu’Emile Boirac a beaucoup fait pour la popularité dans l’univers de la boucle temporelle de la langue de Molière (auteur dont il traduisit le Don Juan en esperanto). 
    En effet le mot « déjà-vu » se rencontre en anglais, en espagnol.  Déjà-vu, c’est en français dans le texte. Ça, on le doit à ce Monsieur Boirac. En anglais, le mot se prononce deja-vou. 
    Grâce à ce concept de déjà-vu et au pays des histoires qui ne cessent de recommencer, l’esprit de Boirac plane sur la loop. Peut-être est-ce grâce à ses mânes que la langue française jonche les time-loop. Comme l’écume d’Un jour sans fin sur le sable d’une plage déjà vue.
    
    Dans Time Loop, Dr Dijoux est une française. C’est idem pour la barwoman de Boss Level. C’est peut-être pour ça que Phil Connors apprend du Jacques Brel dans Un jour sans fin ( « La fille que j’aimera / Sera comme bon vin / Qui se bonifiera /Un peu chaque matin » La bourrée du célibataire, 1957). Peut-être aussi pour ça que, dans Poupées russes, le restau que fréquente l’ex de Nadia (qui ne dit pas déjà-vu mais « quelle surprise ! ») affiche à sa devanture cet étonnant triptyque « Tripes – anisette – beaujolais » ou que Koko-di Koko-da comporte une ritournelle française, «Le coq est mort ». En tout cas, comme Ali dans la boucle iranienne Invasion, au français on peut dire « merci ».
    
    Comme tout chercheur, fier de son concept, Emile Boirac aurait aimé la postérité de son déjà-vu.
    
    Il aurait ri au sketch des Monty-Python, au titre Boiracquien en diable : Déjà Vu. Dans cet épisode du Monty Python’s Flying Circus, Michael Palin, présentateur télé, se trouve prisonnier d’une boucle qui l’emprisonne dans les premières lignes de son texte qui parle de…déjà-vu, enfin de déja-vou.
    
    Emile Boirac était un promoteur de l’esperanto en quoi il voyait le latin de la démocratie. Président du premier congrès mondial de cette langue et président de la ligue espérantiste (Lingua Komitato) il aurait été aux anges de voir Un jour sans fin dans sa version esperanto : Marmota tago.

    Ce chevalier de la Légion d’honneur de 1906 mériterait La Boucle d’honneur en 2021 (même si son combat, en tant que Recteur, contre les instituteurs socialistes aurait pu lui mériter de tomber dans une boucle rédemptrice).

    L’amateur de boucles philosophe qui cherchait Nietzsche se consolera peut-être avec Emile Boirac.

3 commentaires sur “Le déjà-vu (ou qui a bu, Boirac)

  1. 🙂 Magnifique, cet article, mercis !

    < Le déjà-vu (ou qui a bu, Boirac) … et à qui l'dit dort … d'ores et déjà ???
    D'Hypnose, "Till The sandman is done with you

    And as you sleepily rise (…)"

    L'avenir des sciences psychiques , se jouant la revisitations des tout revu à si maintenant …

    Time loop … ou qu'homme si … over the years

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  2. Mmh … L’allolocution présiprésidentielle du 12 mars 2020, a-t-elle été frappée au rebonds ???

    « Ce que révèle D’ORES & DÉJÀ cette pandémie, ( du Corona virus ), c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État Providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand LE DESTIN FRAPPE … »

    … Le destin frappeur dit-il déjà le plus à DELTA ?

    À voir …

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