Agathe The Blues

C’est tout d’abord un très bel objet. N’oublions pas que lire un livre, c’est le tenir dans ses mains un long moment. Et le regard saisi en couverture est d’une intensité égale à celle du récit qu’il annonce. Et le gris-rose lui va très bien.

C’est un roman danois écrit par Anne Cathrine Bomann, traduit dans une prose élégante par Inès Jorgensen, une prose sans manière.

C’est un récit déguisé en suspens.

Un psychanalyste arrive bientôt au terme de sa carrière. La retraite, ça s’appelle.

Le récit, aux courts chapitres, établit un compte à rebours. Le psychanalyste compte les consultations qui lui restent comme on consulte sa montre. Un peu las, un peu pressé. Sauf que la question se pose de savoir ce qu’on fait de sa retraite, à soixante-douze ans passés, avec une trentaine d’années à se consacrer à son métier, sans avoir fondé de famille ni établi la moindre moitié d’amitié.

Quels acquis existentiels ?
À qui parler ?
Connaître l’homme sans se connaître, à quoi bon ?
Hanté. Comme en thérapie inavouée.

Dans les derniers jours de l’exercice de son métier, survient une dernière patiente : Agathe. C’est madame Surrugue, la secrétaire essentielle, qui l’ajoute à la liste de ses patients. Elle a vécu, elle a le blues. Elle n’a qu’une seule demande.

« Je ne nourris aucune illusion d’aller bien, j’aimerais simplement pouvoir fonctionner. »

Du fonctionnement de l’une au dysfonctionnement d’un autre, il n’y a qu’un pas (hésitant, aidé d’une canne), il n’y a qu’un divan.

Un roman plein d’une mélancolique sensualité. Un roman où les sens priment. Les sens que l’on a. Les sens que l’on n’a plus.

Un roman qui interroge, qui ne donne pas de recette de la vie. Juste la recette d’une appétissante tarte aux pommes.

Ce psychanalyste habitué à écouter les autres, s’écoutera-t-il ? Battra-t-il en retraite ?

Cette première édition de La Nausée restera-t-elle à jamais fermée ?

Agathe d’Anne Cathrine Bomann, éd. La Peuplade, 2019

Anne Cathrine Bomann est psychanalyste elle-même mais aussi douze fois championne danoise de tennis de table. Dans ce ping-pong-là, elle était certainement moins laconique que les « Hmmm » grommelé par son personnage à l’intention de ses patients. Ah ! ces écrivains qui ont exercé divers métiers…

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