« la disparition du cinéma aura lieu vers l’an 2020 »

Les artistes sont pénibles avec leurs prophéties. À jouer les visionnaires, ils tapent sur les nerfs des simples mortels. Pire, à ces derniers, ils fichent la trouille.

Tic. Tac. Tic. Tac.

Jusqu’à quand va-t-on abuser de la patience de l’individu lambda qui lit et qui va au cinéma ?

L’écriture ? Les livres ? « Je crois que ça cessera en 2027. Fini d’un seul coup, personne n’écrira plus. » Duras dixit.
Détruire dit-elle.

Et le cinéma ? Duras est muette sur le sujet. On pensait naïvement que c’était bon, que le cinéma, du fait de son jeune âge, en avait encore pour un long moment. Hélas, il en est un pour prophétiser. Détruire dit-il : « Je ne sais pas ce qui restera de moi dans cinquante ans. Probablement tous les films auront pris un coup de vieux terrible et le cinéma n’existera sans doute plus. J’estime que la disparition du cinéma aura lieu vers l’an 2020 et que dans cinquante ans environ il n’y aura plus que la télévision. »

Quis dixit ? Qui a dit cela ? Un cinéaste, en 1973, dans un entretien avec Rui Nogueira (écrivain et journaliste portugais). Ce metteur en scène de notre présent pandémique, c’est Jean-Pierre Melville. L’auteur à stetson et lunettes noires, au début des seventies, se fait pythie.

Duras et Melville Nostradamusent les pauvres petits prisonniers du moment que nous sommes. Derrière notre masque, on regarde dans le rétroviseur.

Plus d’écrits en 2027 ? Plus de cinéma dans les années 2020 ?

« Il n’y aura plus que la télévision ». Netflix se frotte les pattes. C’est Arte qui se charge de la rétro Melville ; elle laisse Sautet à Netflix.

Melville en 1973. Duras en 1985. Sont-ce les lauriers de leurs carrières artistiques qui à l’instar de ceux mâchés par la pythie de Delphes les mirent en transe et leur firent voir l’avenir et le dire ?
Allez savoir.

1973 et son côté obscur. De quoi mâcher et remâcher ses lauriers. C’est la chute d’Allende au Chili, c’est le Nobel de la Paix décerné à Kissinger, c’est le scandale du Watergate. C’est l’année de la mort de Picasso et de John Ford. Et puis celle de Melville, le 2 août.

Ce créateur (comme il aimait à se définir), entre autres, du Samouraï, de L’Armée des ombres et du Cercle rouge parle d’un cinéma dont il place les vieux os à l’horizon de 2020.
Pour lui, c’était dans cinquante ans. Pour nous, c’est là tout de suite. Et il faut bien dire que…comment…les salles sont fermées…et pas prêtes d’ouvrir à nouveau…On avait promis un James Bond le 007 janvier et ça a fait pschittt.

Les propos de Duras et Melville outre-tombent bien.
Ces prophéties nous parlent.

Il n’y aura plus de nouveaux livres. Il n’y aura plus de nouveaux films ? Et l’ère numérique qui a l’air nul…

Melville jouant à l’écrivain dans A bout de souffle annonçait sa plus grande ambition : « Devenir immortel et mourir. »
L’immortalité de la littérature et l’immortalité du cinéma ne sont plus à démontrer. Est-ce à dire qu’il ne leur reste plus qu’à…? alors, le plus tard possible.

Le cinéma selon Jean-Pierre Melville – Entretien avec Rui Nogueira, éditions Capricci, sortie le 21 janvier 2020

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