« Montrez-moi un héros, et je vous écrirais une tragédie »

004619068Depuis Fred Vargas, on parle de rompol. David Simon a imposé la sépol, la série politique.
The Wire parle de la criminalité à Baltimore.
Treme parle de la Nouvelle-Orléans après Katrina

Show Me a Hero parle de politique municipale et de conflits.

Que ceux qui n’ont pas le goût des séries pantagrueliques se rassurent. Au contraire des deux autres séries citées, son format est court : 8 épisodes de 52 mn, seulement.

Treme était une magnifique série musicale. La bande-son de cette série sur les eighties se nourrit quasi exclusivement de chansons de Bruce Springsteen. Judicieuse manière de parler de l’Autre Amérique et de camper un personnage (c’est lui qui écoute ces chansons).

C’est l’histoire d’un héros malgré lui dans les années 80 : Nick Wasicsko, maire de Yonkers, Etat de New-York, devenu le plus jeune maire de l’histoire des États-Unis, à 28 ans.

Son élection intervient dans un moment particulier de l’histoire de la ville. Un conflit juridique et social l’agite.

Portée par un juge inflexible, Sand, une loi ensable puis enflamme la vie politique de la ville : deux cents logements sociaux doivent être construits dans un quartier de la bourgeoisie blanche.

Mixité sociale, oui. Mais pas dans mon jardin. La bourgeoise est toujours nimbée de bonnes intentions, mais NIMBY. Not In My BackYard. Elle ne veut pas prendre sa part du ghetto.

Après avoir été élu sur la promesse de tout faire pour empêcher la construction de ces logements sociaux, Nick Wasicsko se retrouve à faire appliquer cette loi. Ce jeune homme, ancien flic et avocat, se révèle trop candide. Il n’a pas ces épaules solides sur lesquelles on retourne sa veste sans vergogne. Cet acte politique, il finira par en tirer fierté mais ce sera sa part maudite (importance dans la série du thème de la maternité/paternité, symbolique ou biologique) La série rappelle comment l’humanité d’un homme peut finir déchiquetée par les dents d’un système social et politique.

Ce conflit social sera l’occasion de nombreuses scènes de manifs dans la rue et d’esclandres en plein conseil municipal. Ces scènes de vie citoyennes sont magistrales : s’affrontent un conseil municipal laconique et un public à couteaux tirés qui n’est autre qu’une bourgeoisie enracaillée. Soucieuse de la valeur de ses biens, voyant déjà son quartier laissé comme mort, ghomorre.

Cette étude minutieuse montre comment les hommes peuvent être minus, guidés qu’ils sont par leurs fantasmes.
Une part très belle et très humaine est faite aux rôles féminins, dans un camp comme dans l’autre.

C’est une histoire vraie qui finit mal pour le héros : « Montrez-moi un héros, et je vous écrirais une tragédie. », cette phrase de Scott Fitzgerald est à l’origine du titre de la série et du livre. En effet, c’est d’un livre que la série est extraite.

Le spectateur peut rester sur sa faim. La série est chorale et les ellipses s’imposent à un format de mini-série. Je conseille donc la lecture de l’œuvre d’origine, Show Me a Hero de Lisa Belkin. Elle est disponible en 10/18. 2 pour le prix d’1.

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