Bonne heure littéraire : 03h12

À lire à l’heure

CVT_Coraline_8647« Elle se réveilla au milieu de la nuit. Elle se rendit dans la chambre de ses parents, mais le lit n’était toujours pas défait. Personne. Les chiffres lumineux du réveille-matin affichaient 03:12 en vert. »

Coraline de Neil Gaiman

2 commentaires sur “Bonne heure littéraire : 03h12

  1. ‘L’HEURE’- Albert Mérat (1840-1909)

    « C’est l’heure : je sais bien qu’elle ne viendra pas,
    Qu’elle n’a pas noué la furtive dentelle,
    Et que mon désir vain ne dira pas : c’est elle,
    Devinant la musique exquise de ses pas.

    Je sais que les doux mots qu’avait sa voix tout bas
    Ne sont qu’un souvenir d’une langueur mortelle,
    Et que j’ai perdu l’aide et la chère tutelle
    De sa bouche, de ses regards et de ses bras.

    O fantôme ! clémente amertume de l’heure !
    Le passé de son aile invisible m’effleure,
    Et dans l’illusion évoque le réel.

    La blanche image à pris sa place accoutumée ;
    Le mot court en riant sur la lèvre embaumée ;
    Les yeux profonds et clairs s’ouvrent comme le ciel. »

    Source: https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souvenirs_(Albert_Mérat)/L’Heure

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  2. Un 3h12 aussi mais l’après-midi 🙂

    Nous n’avions qu’un seul mammifère, Judy Garland, une ours brune de Floride, sauvée par mes grands-parents alors qu’elle était toute petite, à l’époque où l’espèce hantait encore les pinèdes au nord. Sa fourrure ressemble à une carpette roussie – mon frère prétendait qu’elle souffrait d’un genre de pelade. Elle savait faire un tour, enfin, une sorte de tour : le Chef lui avait appris à hocher la tête pendant Somewhere Over The Rainbow. Une horreur. Ses dodelinements terrifiaient les petits enfants et scandalisaient leurs parents. « Au secours ! s’écriaient-ils. Cette bête a une crise cardiaque ! » C’est vrai qu’elle n’avait pas le sens du rythme, mais il fallait la garder, selon le Chef, parce qu’elle faisait partie de la famille.
    Notre parc bénéficiait d’une promotion publicitaire comparable à celle des meilleurs parcs aquatiques ou minigolfs ; la bière y était la moins chère de toute la région et on y présentait un « combat au corps à corps contre les alligators » tous les jours de l’année, qu’il pleuve ou qu’il vente, y compris les jours fériés. Notre tribu avait ses problèmes, bien sûr, comme tout un chacun – Swanplandia avait toujours eu plusieurs ennemis, naturels ou pas. Nous étions menacés par les niaoulis, ou Melaleuca, une espèce d’arbres envahissante qui asséchait de vastes espaces de marais au nord-est. Et tout le monde surveillait la raffinerie de sucre et la progression sournoise des banlieues résidentielles au sud. Mais notre famille sortait toujours gagnante, me semble-t-il. Tous les samedis soir (et très souvent en semaine !), notre mère nageait avec les Seths et s’en tirait toujours. Des milliers de fois nous avions vu le plongeoir vibrer dans son sillage.
    Puis elle tomba malade, plus malade qu’on ne devrait être autorisé à l’être. J’avais douze ans quand le diagnostic tomba et cela me rendit furieuse. Il n’y a ni justice ni logique disaient les cancérologues. Je ne me rappelle pas exactement les termes, mais il n’y avait pas d’espoir dans leur voix. Une infirmière m’apporta des chocolats du distributeur, qui me restèrent en travers de la gorge. Ces médecins se penchaient toujours pour nous parler, du moins me semblait-t-il comme s’il n’y avait que des géants dans ce service. Maman arriva au stade terminal de son mal à une vitesse différente. Elle ne ressemblait plus à notre mère. Son crâne était chauve et lisse comme celui d’un bébé. On eû dit qu’elle plongeait en elle-même. Un soir, elle plongea et ne refit pas surface. Au niveau du vide laissé, on ne vit ni bulles ni tremblements. Hilola Bigtree, dompteuse d’alligator de classe internationale, cuisinière exécrable et mère de trois enfants, s’éteignit dans son lit d’hôpital par une journée nuageuse, le mercredi 10 mars, à trois heures douze de l’après-midi.

    Swamplandia – Karen Russel

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