Bonne heure littéraire : 09h03

À lire à l’heure

vigile« Au matin, je suis terrorisée. Mettre au monde. Je n’y arriverai pas. Imaginer ce corps qui me passe au travers et la douleur supplémentaire, non.
La sage-femme a ces mots :
— Il est 8 h 41, à 9 h 05 il est dehors, votre enfant.
9 h 03 : tu tiens ton Victor dans les bras, le porte haut. Son premier souffle, c’est pour toi. »

Vigile de Hyam Zaytoun (2019)

2 commentaires sur “Bonne heure littéraire : 09h03

  1. ‘LE SENS DE L’HEURE’- Raoul Ponchon (1848-1937)

    À Jacques Madeleine.

    « Le Voyageur. — Le train de 8 h. 47 ? s. v. p.
    Le Chef de Gare. — Oh ! vous avez le temps. Il n’est que 9 h. 15.

    Je le dis tout à trac, je considère comme
    Une calamité
    Que l’on soit à ce point rebelle à ce qu’on nomme
    La ponctualité.

    N’importe où vous allez — mettons dans une gare —
    On vous dit : tel train part
    À sept heures vingt-cinq, qui souvent ne démarre
    Qu’à huit heures un quart.

    Ou bien, vice versa : l’on en attend un autre,
    Annoncé pour midi,
    Qui n’arrive… jamais. Et telle est l’humeur nôtre,
    Que l’on lui fait crédit.
    Au théâtre… voyez… c’est la même romance :
    Vous avez remarqué
    Qu’il est rare de voir spectacle qui commence
    Dans l’instant indiqué.

    Qu’est-ce que c’est que ça que telle heure précise,
    Chez nous ? Vous savez bien
    Que cette heure précise est une heure indécise,
    Et qui ne rime à rien.

    Ils vous répondent tous, directeurs, chefs de gare…
    Que si, par un hasard,
    Ils étaient ponctuels, c’est le public ignare
    Qui serait en retard !

    *
    *     *

    Il en va tout ainsi quand vous allez en ville,
    Dîner chez l’habitant.
    C’est bien plus grave. Ici, la négligence est vile.
    On voit, à chaque instant,

    Un repas n’être prêt, convenu pour huit heures,
    Qu’à neuf heures un quart,
    On vous dira pour des raisons supérieures ?…
    Peste de ces écarts !

    Vous maugréez tout bas. Vous avez une envie
    Folle de vous enfuir.
    Quand on vient annoncer que Madame est servie,
    Loin de vous réjouir,

    Vous admirez bientôt que le potage est tiède.
    Autre horrible détail :
    Le gigot archicuit, qui plus tard lui succède,
    N’est même pas à l’ail !

    Mais laissons ces horreurs. Parmi vos connaissances,
    Je serais étonné,
    S’il en est bien beaucoup ayant la conscience
    Du rendez-vous donné.

    Celui-ci vous dira : toi qui n’as rien à faire,
    Tu peux m’attendre un peu.
    Celui-là, qu’il demeure en un autre hémisphère,
    Au tonnerre de Dieu…

    Ou… votre montre avance… il faut y prendre garde.
    Jamais il n’avouera
    Que c’est peut-être bien la sienne qui retarde,
    Le triple scélérat !

    Je n’en retire rien… c’est la pire crapule.
    Il peut épiloguer
    Tant qu’il voudra, celui qui n’a du tout scrupule
    De me faire droguer.

    J’estime les instants, que le souverain Maître
    M’accorde, tout aussi
    Précieux que les siens. Il dira non, peut-être.
    Et moi je dis que si.
    Il n’est, à mon avis, qu’un seul être sur terre,
    Un seul, de qui j’admets
    L’inexactitude, et c’est mon propriétaire.
    Mais il ne l’eut jamais. »

    Source: https://fr.wikisource.org/wiki/La_Muse_au_cabaret/Le_Sens_de_l’heure
    😉

    J’aime

  2. En avance de 3 minutes : 9 h00

    Peu avant neuf heures, Masahiko se réveilla. Il vint en pyjama dans la salle à manger, but une tasse de café noir. « Non, dit-il, je ne veux rien manger, le café me suffit. » Il avait des poches sous les yeux.
    « Ça va ? lui demandai-je.
    – Ça va, répondit-il en se frottant les paupières. J’ai connu des cuites bien pires. Cette fois, ça reste léger.
    – Prends ton temps, rien ne presse, dis-je.
    – Mais tu vas bientôt avoir de la visite ?
    – Oui, à 10 heures. Il y a encore un peu de temps. Et si tu es encore là, ça ne pose pas de problème. Je te présenterai. Elles sont charmantes toutes les deux.
    – Deux ? Tu ne fais pas le portrait d’une fillette ?
    – Sa tante vient avec elle.
    – Une tante chaperon ? Dis donc, on est dans une région très « vieille école ». Comme dans un roman de Jane Austen. Elles ne vont tout de même pas jusqu’à porter un corset ? Arriver dans une calèche tirée par deux chevaux ?
    – Non, pas de calèche. Elles arrivent en Prius. Ne portent pas de corset non plus. Pendant que je peins la fillette dans l’atelier, la tante attend dans le salon en lisant. Enfin, je dis « tante », mais elle est encore jeune.
    – Quel genre de livre ?
    –Je n’en sais rien. Je lui ai demandé, mais elle n’a pas voulu me le dire.
    – Ah bon, fit-il. Tiens, à propos de livre, dans Les démons, de Dostoïevski, je me souviens qu’il y a un homme qui se suicide au pistolet pour prouver qu’il est un homme libre, mais comment s’appelle-t-il déjà ? Je te le demande car j’ai pensé que tu le saurais.
    – Kirilov, dis-je.
    – Ah oui, Kirilov. J’essayais depuis un moment de m’en souvenir, mais ça ne me revenait pas.

    Le meurtre du commandeur livre 2 – Haruki Murakami

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s