A lire un 9 novembre

Éphémérides. Quand le calendrier se fait littéraire.

[Incipit]

51q2SO-JWKL._SX330_BO1,204,203,200_« Je ne crois pas avoir assisté auparavant à ce phénomène. On était le second vendredi de novembre, le 9 novembre exactement. Nous étions tous les quatre à dîner autour de la table ronde, comme les autres soirs. Manuela venait d’enlever les assiettes à soupe et de servir une omelette aux fines herbes que ma mère était allée préparer à la cuisine. »

Novembre de Georges Simenon (1969)

4 commentaires sur “A lire un 9 novembre

  1. ‘Novembre 1936’
     
    « Regardez travailler les bâtisseurs de ruines
    Ils sont riches patients ordonnés noirs et bêtes
    Mais ils font de leur mieux pour être seuls sur terre
    Ils sont au bord de l’homme et le comblent d’ordures
    Ils plient au ras du sol des palais sans cervelle.
     
    *
    On s’habitue à tout
    Sauf à ces oiseaux de plomb
    Sauf à leur haine de ce qui brille
    Sauf à leur céder la place.
     
    *
    Parlez du ciel le ciel se vide
    L’automne nous importe peu
    Nos maîtres ont tapé du pied
    Nous avons oublié l’automne
    Et nous oublierons nos maîtres…
     
    *
    Ville en baisse océan fait d’une goutte d’eau sauvée
    D’un seul diamant cultivé au grand jour
    Madrid ville habituelle à ceux qui ont souffert
    De cet épouvantable bien qui nie être en exemple
    Qui ont souffert
    De la misère indispensable à l’éclat de ce bien.
     
    *
    Que la bouche remonte vers sa vérité
    Souffle rare sourire comme une chaîne brisée
    Que l’homme délivré de son passé absurde
    Dresse devant son frère un visage semblable
     
    Et donne à la raison des ailes vagabondes. »
     
    Cours naturel
    Editions du Sagittaire, Paris,1938- Paul ELUARD

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  2. Hello 😉

    Trouvé deux extraits avec ce 9 novembre

    Voici le premier :

    C’était le neuf novembre, la veille de son trente-huitième anniversaire, comme il se le rappela souvent plus tard.
    Il sortait vers onze heures de chez lord Henry où il avait dîné, et était enveloppé d’épaisses fourrures, la nuit étant très froide et brumeuse. Au coin de Grosvenor Square et de South Audley Street, un homme passa tout près de lui dans le brouillard, marchant très vite, le col de son ulster gris relevé. Il avait une valise à la main. Dorian le reconnut. C’était Basil Hallward.
    Un étrange sentiment de peur qu’il ne put s’expliquer l’envahit.Il ne fit aucun signe de reconnaissance et continua rapidement son chemin dans la direction de sa maison…
    Mais Hallward l’avait vu. Dorian l’aperçut s’arrêtant sur le trottoir et l’appelant. Quelques instants après, sa main s’appuyait sur son bras.
    – Dorian ! quelle chance extraordinaire ! Je vous ai attendu dans votre bibliothèque jusqu’à neuf heures. Finalement j’eus pitié de votre domestique fatigué et lui dit en partant d’aller se coucher. Je vais à Paris par le train de minuit et j’avais particulièrement besoin de vous voir avant mon départ. Il me semblait que c’était vous, ou du moins votre fourrure, lorsque nous nous sommes croisés. Mais je n’en étais pas sûr. Ne m’aviez-vous pas reconnu ?
    – Il y a du brouillard, mon cher Basil ? je pouvais à peine reconnaître Grosvenor Square, je crois bien que ma maison est ici quelque part, mais je n’en suis pas certain du tout.

    Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

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  3. Et le deuxième :

    Waechter habitait une grande maison tout en bois avec un balcon qui en faisait le tour et un escalier couvert sur le côté : le genre d’endroit où on faisait pousser des culottes de peau dans des jardinières. Il ne manquait que des figurines de pendule tenant des chopes de bière. Je frappai violemment à la porte d’entrée, mais les lumières étaient déjà allumées à l’intérieur, grâce à la Maserati. L’homme qui vint nous ouvrir était obèse et blême, sans doute de rage d’avoir été tiré de son lit en pleine nuit. Il portait un peignoir de soie rouge, avec des cheveux gris impeccables et une petite moustache assortie, hérissée d’indignation. On avait l’impression que tout un régiment de minuscules soldats allaient sortir au pas cadencé de son visage pour me flanquer une raclée. Il se mit à vociférer tel un maître d’école tyrannique, mais se calma très vite quand je lui montrai mon insigne, alors que j’aurais préféré l’assommer avec un des skis accrochés au mur.
    « Kommissar Gunther. » Je l’écartai pour rentrer, comme je l’avais souvent vu faire à la Gestapo et une fois dans le vestibule, à l’abri du froid, nous commençâmes nonchalamment à soulever des photos dans des cadres, à ouvrir des tiroirs. J’allai droit au but.
    « L’orfèvrerie Rothman dans Maximilianstrasse, dis-je sèchement. Vous en êtes l’actuel propriétaire, je crois.
    – Exact. J’ai acquis ce fond de commerce quand les précédents propriétaires l’ont quitté en novembre dernier. »
    À l’entendre, ils étaient partis de leur plein gré . Mais évidemment je savais à quoi correspondait cette date. Novembre 1938. La Nuit de cristal, au cours de laquelle les commerces juifs et des synagogues avaient été attaqués dans toute l’Allemagne, avait eu lieu le 9 novembre précisément.

    Bleu de prusse – Philipp Kerr

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