Qui aura la peau du Prix Goncourt 2019 ?

Édouard_Manet_-_Pertuiset,_le_chasseur_de_lionsPour le Goncourt 2019, ils sont quatre en lice. Pas de nouveaux venus. Pas de disruption en vue. Les 100 ans du Goncourt de Proust (À l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1919) font peser sur le Goncourt 2019 une responsabilité.

C’est l’appât-lice et la possibilité d’un buzz, d’une reprise.

100 ans, ça se fête. Cet anniversaire ne peut sacrer un auteur dont le prix sera sans lendemain, un auteur que le prix étouffera, un tel est Prix qui croira se pendre. Trop goncouru, essoufflé, la chasse…à court d’idées. Non, ce prix sera mémorable. Alors autant le donner à un auteur qui a déjà un passé.

Ils sont quatre en lice.
À true Prix.
Qui l’aura ? On le saura : un de ces quatre.

Certains auteurs sont grands, d’autres pas. Comme une vérité de la pas-lice.

Sur les 4 finalistes, deux n’ont pas besoin du tout du prix pour doper leur vente. Ils en sont déjà à des dizaines voire des centaines de milliers d’exemplaires.

A défaut de drapeau noir flottant sur la marmite, le bandeau rouge flottera sur quel livre ?

Jean-Luc Coatalem, La part du fils (Stock)

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier)

Amélie Nothomb, Soif (Albin Michel)

Olivier Rolin, Extérieur monde (Gallimard)

Lui, il s’est dit qu’il allait miser sur Olivier Rolin. Il se trouve qu’il a déniché, hier, Un chasseur de lions. Millésime 2008.

(certes, ce n’est pas le livre en lice)

C’est du bestiaire érudit. De l’animal en faune-tu, en voilà. Singe, cheval, cormoran, rat, nandou, chien, baleine, bœuf, gnou, pingouin, ragondin, rhinocéros, ragondins etc et surtout lion. Et même un lion noir.

Le fil rouge est un homme farfelu nommé Pertuiset. Matamore tendance Tartarin (œuvre décriée par l’auteur d’ailleurs), chasseur et vendeur d’arme (de balles explosibles). Pertuiset a existé, Manet l’a rencontré. C’est devenu un ami du peintre qui l’a représenté dans un tableau dont la description méticuleuse est faite au début du roman et qui se trouve au Brésil. Le principal dessein du livre est de faire le portrait de ce spécialiste en descentes de lit et autres farfulesqueries qui nécessitent des voyages.

Le récit évoque plusieurs pays d’Amérique du sud. Ce Pertuiset, l’auteur en découvre l’existence dans une librairie en Patagonie et il recroise le chasseur « funambulesque », accroché sur un mur du Musée d’Art de São Paulo. L’auteur passe aussi par le Chili.

L’histoire est érudite, touffue, la parenthèse est souvent enchantée (et en rappelle d’autres), il y a du va-et-vient entre l’époque du récit (le monde culturel du XIXème de Manet, Baudelaire, Hugo, Dumas, Mallarmé, Charles Cros, etc.) et notre XXIème (la pop culture, quelques clins d’œil à des chansons et Tintin qui passe et repasse).

Ce XXIème où le plus grand Prix littéraire français porte le nom d’un auteur du XIXème : Goncourt.
Qui l’aura ? Chi lo sa ?
Le lion va-t-il rougir ?

En tout cas, on devrait éviter l’émeute.

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