A lire un 27 octobre

Éphémérides. Quand le calendrier se fait littéraire.

9782253182696« Ce soir du 27 octobre 1949 sur la piste de l’aérodrome d’Orly, le F-BAZN d’Air France s’apprête à accueillir trente-sept passagers en partance pour les États-Unis. »

Constellation de Adrien Bosc (2014)

3 commentaires sur “A lire un 27 octobre

  1. ‘Les Soleils d’Octobre’

    « Aux jours où les feuilles jaunissent,
    Aux jours où les soleils finissent,
    Hélas ! nous voici revenus ;
    Le temps n’est plus, ma-bien-aimée,
    Où sur la pelouse embaumée
    Tu posais tes pieds blancs et nus.
    L’herbe que la pluie a mouillée
    Se traîne frileuse et souillée ;
    On n’entend plus de joyeux bruits
    Sortir des gazons et des mousses ;
    Les châtaigniers aux branches rousses
    Laissent au vent tomber leurs fruits.
    Sur les coteaux aux pentes chauves,
    De longs groupes d’arbustes fauves
    Dressent leurs rameaux amaigris ;
    Dans la forêt qui se dépouille,
    Les bois ont des teintes de rouille ;
    L’astre est voilé, le ciel est gris.
    Cependant, sous les vitres closes,
    Triste de la chute des roses,
    Il n’est pas temps de s’enfermer ;
    Toute fleur n’est pas morte encore ;
    Un beau jour, une belle aurore
    Au ciel, demain, peut s’allumer.
    La terre, ô ma frileuse amie !
    Ne s’est point encore endormie
    Du morne sommeil de l’hiver…
    Vois ! la lumière est revenue :
    Le soleil, entr’ouvrant la nue,
    Attiédit les moiteurs de l’air.
    Sous la lumière molle et sobre
    De ces soleils calmes d’octobre,
    Par les bois je voudrais errer !
    L’automne a de tièdes délices :
    Allons sur les derniers calices,
    Ensemble, allons les respirer !
    Je sais dans la forêt prochaine,
    Je sais un site au pied du chêne
    Où le vent est plus doux qu’ailleurs ;
    Où l’eau, qui fuit sous les ramures,
    Échange de charmants murmures
    Avec l’abeille, avec les fleurs.
    Dans ce lieu plein d’un charme agreste,
    Où pour rêver souvent je reste,
    Veux-tu t’asseoir, veux-tu venir ?
    Veux-tu, sur les mousses jaunies,
    Goûter les pâles harmonies
    De la saison qui va finir ?
    Partons ! et, ma main dans la tienne,
    Qu’à mon bras ton bras se soutienne !
    Des bois si l’humide vapeur
    Te fait frissonner sous ta mante,
    Pour réchauffer ta main charmante
    Je la poserai sur mon cœur.
    Et devant l’astre qui décline,
    Debout sur la froide colline,
    Et ton beau front penché sur moi,
    Tu sentiras mille pensées,
    Des herbes, des feuilles froissées
    Et des bois morts, monter vers toi.
    Et devant la terne verdure,
    Songeant qu’ici-bas rien ne dure,
    Que tout passe, fleurs et beaux jours,
    A cette nature sans flamme
    Tu pourras comparer, jeune âme,
    Mon cœur, pour toi brûlant toujours !
    Mon cœur, foyer toujours le même,
    Foyer vivant, foyer qui t’aime,
    Que ton regard fait resplendir !
    Que les saisons, que les années,
    Que l’âpre vent des destinées
    Ne pourront jamais refroidir !
    Et quand, noyés de brume et d’ombre,
    Nous descendrons le coteau sombre,
    Rayon d’amour, rayon d’espoir,
    Un sourire, ô ma bien-aimée !
    Jouera sur ta lèvre embaumée
    Avec les derniers feux du soir. »

    Auguste Lacaussade (1817-1897) , ‘Poèmes et Paysages ‘(1897)
    Source: https://www.poetica.fr/poeme-1394/auguste-lacaussade-les-soleils-octobre/

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  2. « Cette fois, dit Mack, il faut qu’on soye bien sûrs qu’il assistera à la fête. Sans lui pas de fête!
    – Cette fois, où c’est qu’on la donnera, la fête ? demanda Jones. »
    Mack repoussa son fauteuil jusqu’au mur : « Tu parles si j’y ai pensé ! On pourrait la donner ici, bien sûr, mais pour l’effet de surprise, y en aurait pas ! Et c’est pas tout. Doc, y a rien au-dessus de son chez lui. Et puis, y a sa musique… » Il inspecta la pièce autour de lui : «J’aurais voulu savoir qui c’est qui y a cassé son phonographe, la dernière fois. Mais la prochaine, ç’ui qu’aura le malheur de mettre le doigt dessus !…
    – C’est chez lui qu’il faut faire la fête », décrit Hughie.
    L’annonce officielle de la fête n’avait pas été faite, aucune invitation n’avait été lancée, mais tout le monde y pensait, et chacun se proposait d’y aller. 27 octobre. On se répétait à part soi : «Le 27 octobre !» Et comme c’était une fête d’anniversaire, il fallait penser au cadeau.
    Les filles de chez Dora, par exemple. Pas une qui n’eut été voir Doc, à un moment ou à un autre, soit pour prendre un médicament, soit pour le consulter, ou lui tenir compagnie. Elles avaient vu le lit de Doc. Il était recouvert d’une vieille couverture rouge, bordée de queues de renards, et pleine de sable, car il l’emportait avec lui dans ses expéditions côtières. Il se ruinait en équipement de laboratoire, mais l’idée ne lui serait jamais venue de s’acheter un couvre-pieds neuf. Les filles de chez Dora lui confectionnaient en secret un magnifique couvre-pieds. Tout brodé, diapré de mille couleurs, du cerise, du jaune pâle, du vert Nil, du rose chair, car elles employaient pour le faire leurs robes du soir et leur lingerie. C’est le matin qu’elles y travaillaient, et au début de l’après-midi, avant l’arrivée des matelots de la flotte sardinière. Unies par la communauté de l’effort, les filles en oubliaient leurs jalousies et leurs querelles.

    Rue de la sardine – John SteinbecK

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