Le serial killit

Le serial-killit (ou Quilit) est un passionné d’auteurs. Il profite de chaque heure pour se faire lecteur. L’office québécois de la langue française a traduit cet anglicisme par Lecteur en série. Certains s’amusent de la variante politiquement incorrect et de sinistre mémoire Hannibal Lecteur. (au pluriel, serial-killisent)

L’intrusion d’un serial-killit tôt dans la matinée, dans un grand centre commercial, a semé la panique. En ce début de journée où se célébrait une avant-première pour Bibliomane, un homme, visiblement en état livresque, a voulu faire parler le Plon et s’est mis à jouer de la Hachette près du visage d’un homme dont le caddy ne lui revenait pas. Devant la masse âcre de tous les livres destinés tôt ou tard au pilon, le forcené a crié : « Il n’y a pas de prose sans épine ! ».

Il a ensuite procédé à un méthodique dépouillement des étagères et des tables d’exposition.
 Au bout de quelques minutes, une police a tout de même été prévenue : Times, normal, 12 points, une police discrète, c’est à souligner.

À la fin de ses achats, devant l’employé qui tenait la caisse enregistreuse, l’homme a exigé de payer par chèque. Il a vociféré que «Ce qui est écrit est écrit» puis en latin «Verba volant, scripta manent».  La caissière qui n’avait ni lu La Princesse de Clèves, ni fait du latin éclata en sanglots en disant que «vraiment trop c’est trop» et appela son supérieur.

Le forcené se rua sur celui qu’il identifia aussitôt comme le directeur, grâce à, dit-il, «la devise froncée qu’il étalait sur son front». Le directeur ainsi que ses employés furent traités de carabins et de carabines pour le peu de sérieux dont il faisait preuve dans la vente de livres puis pour la concurrence déloyale qu’il livrait à des libraires amoureux des livres.

Il ne s’agirait pas d’un Acte Sud isolé. D’autres individus semblent atteints du syndrome de Peter Pan ! Pan !. Ils ne veulent pas grandir et veulent qu’on leur raconte des histoires.

Face au débat récurrent sur l’avenir du livre, ils réclament, disent-ils, «un débat récurré».

Le contexte social dans lequel vivent ces serial killisent est plutôt difficile.  Ils se sentent Mallarmés face à la société marchande et sont sujets à des actes incompréhensibles ou à des sonnets en -x.

Ils se désignent trois ennemis :

– la génération FahrenTweet qui brocarde le livre et le trouve désespérément trop long et intratwitsible,

– des écrivains qui font parler la littraillette en utilisant leurs cartouches d’encre en dépit du bon sens, à coup de grands jets, à coup de Grand Je,

– les Grandes surfaces auxquelles ces serial-killisent préfèrent les petites pages, voire, pour les plus exigeants, les notes de bas de page.

Ce mouvement n’est pas sans rappelé le groupuscule Hannibal Lecteur qui sévit dans les années 90. Rien à voir, par sa violence, avec le regretté mouvement humoristique TTTB (Tiens, Tiens, T’auras du Bouquin).

Une nouvelle fois, dans notre démocratie, se pose le problème de l’existence de livres en vente libre.

4 commentaires sur “Le serial killit

  1. Extra !! 🙂 Mille mercis, cher Rédacteur !

    Les Kilyseurs savent de NOTHOMB, … qu’après ‘Stupeurs & tremblements’, rire jaune vient du pays levant, et qu’a fait dire à Amélie en Barbe Bleue : « J’ai rêvé d’un œuf dont le jaune serait d’or. Imaginez cette vision : on le cuit à la coque, on enfonce une mouillette dans l’or en fusion. » !!! …

    😉 ça promet … Hanniballs & collaborés, n’ont qu’à bien s’tenir.

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  2. Et de l’À , qu’a fait … au Li, c’est Yuhui, over a cup of tea !!! 😉

    « A is for the cannibalistic sadomasochist Albert Fish.
    B is for the lonely lover, broken-hearted Bela Kiss.
    C is for Charles Starkweather’s handsome nervous twitch.
    D is for the Son of Sam, aka David Berkowitz.
    E is for Edward Gein, a massacring machine.
    Francisco del Junco dispatched some crackheads with a can of gasoline.
    Gary « Green River » Ridgeway ditched his girls by the freeway
    With the typical disregard of your average serial killer.

    Qigong Master Hu Wanlin could take your breath away
    While The Iceman Cometh in the night.
    Jeffrey Dalmer’s fine cuisine could rival Edward Kemper’s
    But only if his dates were fresh and ripe.
    Prolific Pedro Lopez wins the body count, 300 dead.
    Herbert Mullin, bless his heart, did everything God said.
    Dennis Nilsen’s crappy classic rock record collection
    Should’ve killed them, but no, he used his hands instead.

    Onoprienko killed 52 people, and Pogo the Clown was inherently evil
    (Though he made one hell of a weiner-dog balloon).
    Thomas Quick and Reinaldo Rivera both sliced with a knife.
    Arthur Shawcross’ Tour of ‘Nam was a boon.

    Well, T is for Ted Bundy who would kill off girls who were really cute.
    U is for the Unabomber, whose method was the mail chute.
    V is for Joseph Vacher, an ugly vicious brute.
    And W is for Aileen Wuornos, the patron saint of prostitutes.
    Citizen X perplexed the Reds when his DNA didn’t match the dead.
    Li Yuhui discussed Feng Shui over a cup of tea.
    The Zodiac Killer, right down to the last « letter »
    Will take you from A to Z in the song about serial killers. »

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