Ermite, ascète, vingt-sept ans

9782264072979ORIC’est une histoire vraie. Celle d’un homme qui s’offrit une quarantaine de 27 ans, seul, de son plein gré, dans les forêts du Maine (les mêmes que celles fréquentées par Thoreau) .

Chistopher Knight. Personnage principal.
Maine Character.

Un jour, claquant la porte de son automobile à court d’essence existencielle, il gagne la forêt sans autre mobile qu’une vie solitaire dans le Maine. « Je suis juste parti » a-t-il expliqué, comme le « I would prefer not to » d’un Bartleby des bois.

Pour toute demeure, des pierres éléphantesques, une clairière, des bâches isolantes, des paquets de revue reliées, empilées pour servir de sol, une bouteille de gaz, quelques appareils pour écouter, jouer. Et tout autour, le silence de la forêt et ce champignon qu’il regarda grandir.
Pour toute philosophie, une sortie stoïque de la société des hommes.

27 ans sans croiser d’hommes ou presque : un « bonjour » lancé à un randonneur, une famille croisée qui garda le silence.
Pas de portable, pas d’internet (même pas d’e-Maine).

De quoi écorner l’entreprise de Thoreau et figurer en bonne place dans la SurvivalListe. Histoire vraie. True Story et True Thoreau.
Into the wild. Into the Vide.

Christopher Knight ne délivre pas d’essai issu de son expérience. Pas de croisade décroissante en Crusoé (qui vécut, lui, 28 ans seul, tiens). En revanche, sa vie, son stoïcisme le rendent unique, iconique. Peu importe qu’il y ait des raisons psychologiques, génétiques ou un syndrome d’Asperger.

Isolé mais sans se couper de la société de consommation. Sac à Macdo, conserves à gogo.
Il se débrouilla pour rester en contact avec le monde,  Mainestream oblige : la radio et la télé (en mode audio) peuplait son quotidien reléguant les bruits de la forêt à l’arrière plan. Et puis la lecture (qui lui valut en prison la remarque « tu parles comme un livre).

Christopher Knight quitte donc sa famille, sa vie sociale à 20 ans et s’installe, s’invisibilise dans les vastes forêts du Maine. Pour vivre, il vole. Gentleman cambrioleur de bungalows, il ne prend que ce dont il a besoin (une boîte de conserve, des piles, un livre, des épices pour des macaronis au fromage son plat préféré). Il ne fracture pas, ne saccage pas. Discret dans la forêt comme dans ses vols. Un millier de vols fomentés silencieusement au milieu de la forêt. De quoi le rendre sympathique aux yeux de quelques victimes. Petit voleur et le plus grand des ermites.

Christophe. Ce prénom sonne comme un mot cher à Michel Tournier, qui donna justement, après Defoe, ses lettres de noblesse à la Robinsonnade. Christophe, prénom empreint de cette phorie, terme forgé par Tournier (du grec phorein, porter). Et à l’évidence, l’acte de cet homme est porteur de sens. Knight, comme un Prince cherchant un Graal qui ne serait que quête de soi au prix d’une perte d’identité. Assis. Ascète. Stoïque.

Au bout de 27 ans et alors que sa famille n’avait jamais signalé sa disparition, l’ermite est arrêté. Pourquoi la justice américaine lui impose-t-elle alors sept mois de prison ? Ben, il a volé…

Lorsqu’il pense à la mort, Christopher Knight pense à la Dame des bois. Celle qui viendra le trouver lorsqu’il voudra en finir avec la vie, lentement, en mode Hypothermie. Dans ses bois d’adoption, il ne fit jamais de feu. La peur d’être repéré. À son arrestation, c’est bien l’hypothermie sociale qu’il redécouvrit. La chaleur humaine, connait pas ! (même s’il y en eut pour lui pardonner ses vols et quelques uns pour lui proposer un endroit où s’installer). Ce sont les eaux glacées du calcul égoïste de la propriété privée qui vous jettent en prison. Eh ! Il a volé ! 7 mois de prison pour avoir pris le strict nécessaire. On pense à Jean Valjean et sa pomme.

Son expérience restera dans la mémoire des hommes. Il nous a tellement donné. Son expérience est passionnante. Pas sûr que ce soit le cas du programme de réinsertion sociale qui lui a été proposé. Christopher Knight qui ne voulait pas de miroir chercha longtemps à remplacer ses lunettes (celles de ses 20 ans). Au fond, avait-il vraiment besoin de voir la merde du monde, à quoi bon ? Singulier solitaire qui quitta d’ailleurs la communauté des hommes au moment de la catastrophe de Tchernobyl.

Le dernier ermite de Michael Finkel, éd. 10/18, 2019

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3 commentaires sur “Ermite, ascète, vingt-sept ans

  1. Veillée d’avril
    Jules Laforgue
    Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
    Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
    Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,
    Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.
    Et voilà qu’à songer me revient un accord,
    Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves
    Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves
    Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.
    Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
    D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
    Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,
    Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
    Ecoutant vaguement dans la nuit solitaire
    Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.
    Jules Laforgue (1860 – 1887)

    … en dite dédicace, pour tous ceux qui ont eu, … d’un jour ou d’autres … vent.. de la Dâme des Bois …
    Cordiales salutations , 🙂

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